blog de la Ligue des droits de l'Homme section Istes Ouest Provence dans le 13.
Incontournable utopie
Jean-Jacques De Felice – Hommes et Libertés - Paris 2006
Par réalisme, je crois à l’utopie.
Tout simplement parce qu’elle peut être la réalité de demain si nous le voulons.
Les exemples abondent, et jusque dans notre expérience de militants de la Ligue des Droits de l’Homme.
Défaite de l’apartheid en Afrique du sud, abolition de la peine de mort, suppression des tribunaux militaires et de la cour de sûreté, inscription d’un droit au logement dans nos textes, etc.
Qui pourrait soutenir que ces luttes éminemment nécessaires, n’étaient pas totalement utopiques, vouées à l’échec, combattues par une large fraction de l’opinion publique ? Elles ont cependant été suggérées et voulues souvent par quelques personnes seules, réalisées par celles et ceux qui se sont mobilisés, qui ont crié souvent dans le désert et ont fini par se faire entendre car, chacun le comprend au fil du temps, ils avaient raison.
Certes les batailles essentielles ne se gagnent que par l’action collective, raisonnée et raisonnable : les militants d’une association de défense des droits de l’Homme le savent d’autant mieux qu’ils se servent d’abord et avant tout de cette forme d’action.
Ils mènent une action politique au sens le plus élevé du terme, sans perspective de pouvoir : ils mobilisent les énergies des citoyens regroupés autour d’un objectif clair, parfaitement expliqué, susceptible d’être atteint non par des moyens minables ou violents mais par des actes ne disqualifiant pas la fin recherchée.
Et l’utopie reste essentielle : manifester comme nous le faisons souvent, pour le « droit à des papiers pour tous » ne veut pas dire que l’objectif est réalisable immédiatement mais qu’il est souhaitable d’imaginer un droit réel à la vie pour chacun, dans un pays qui n’est pas toujours celui choisi mais représente enfin, et après tant de souffrances vécues une réelle espérance de survie.
Les « réalistes », dont la fertile imagination s’applique à produire des textes législatifs de plus en plus répressifs, se trompent absolument.
Il faut sans cesse tenir les deux extrémités de la chaîne : défendre ceux qui subissent des réglementations rétrogrades, en connaître et en analyser tous les mécanismes pour mieux protéger contre l’arbitraire mais ne jamais s’habituer à ces textes tout à fait provisoires.
Il nous appartient de faire changer la loi, de lui donner un contenu plus humain et plus fraternel.
Seuls les utopistes ont ce regard vers des lointains apparemment inaccessibles : ils cherchent souvent en tâtonnant mais tentent, avec raison, de réaliser ce qui a été justement rêvé !