blog de la Ligue des droits de l'Homme section Istes Ouest Provence dans le 13.
8 avril 2009, journée nationale d'action
pour la défense du principe d'accueil inconditionnel
Les fondement du principe d'accueil inconditionnel
Je prends ici la parole au nom de toutes les associations membres du collectif pour la défense du principe d'accueil inconditionnel, pour clarifier avec vous les fondements du principe d'accueil inconditionnel.
Sommes-nous des « délinquants de la solidarité » ? Au delà de l'expression qui cherchait à interpeller, voire provoquer pour faire réfléchir, nous devons affirmer que notre démarche ne relève pas de la délinquance, mais de la citoyenneté. Nous ne sommes pas des délinquants ; les délinquants violent ou détournent la loi en faisant du mal à autrui et pour leur unique profit. En ce sens beaucoup de personnes en règles et même haut placés dans la société pourraient être classés dans cette catégorie. Nous, nous violons effectivement une loi particulière, mais c'est uniquement pour le bien d'autrui et pour défendre l'exercice réel d'un droit fondamental.
Nous ne cherchons pas à bafouer la loi, nous voulons sans concession défendre le Droit. Nous cherchons à protéger, faire respecter et promouvoir les droits fondamentaux de la personne humaine, de toute personne, sans aucune discrimination, même si elle est permise par la loi.
Nous n'accueillons pas des « sans-papiers » parce que nous n'accueillons pas des étiquettes, nous accueillons des personnes humaines qui en ont besoin, sans nous préoccuper de leur situation administrative. Il leur manque un tampon, et bien qu'on le leur mette au lieu de les astreindre à des situations d'angoisse perpétuelle, de pauvreté voire de misère, et pour beaucoup d'entre eux, à des conditions de travail qui peut être qualifié d'esclavage ou de servitude modernes. Toutes ces situations violent les droits humains fondamentaux.
Contrairement à ce qu'affirment Eric Besson, Ministre de l'Immigration, la loi actuelle (CESEDA[1] L622) ne vise pas seulement les passeurs, mais toute personne ou organisation qui facilite, directement ou indirectement l'entrée et le séjour irréguliers de personnes étrangères. Cette loi permet tout ; d'ailleurs, des conjoint-e-s ont déjà été inquité-e-s ; c'est le cas de la compagne de Mr Naïmi avec laquelle il devait se marier à Dijon le 11 avril prochain. Cette femme est convoquée le 11 mai devant le tribunal correctionnel de Dijon pour aide au séjour irrégulier. Et que dire des ennuis juridiques des deux travailleuses sociales de FTDA[2] à Paris, de la femme qui rechargeait les portables de « sans-papiers », de toutes les personnes -notamment les trois philosophes- qui sont poursuivies parce qu'elles protestent à bord des avions, contre les conditions d'expulsion de « sans-papiers » ? André Barthélémy vient d'être condamné à 1500€ d'amende et un mois avec sursis pour cela.
Si la loi ne vise que les trafiquants agissant dans un but lucratif, et bien ça n'est pas compliqué, que le gouvernement change la loi ; c'est ce que nous demandons. Nous aussi, nous sommes contre le trafic humain, mais nous constatons que la politique de fermeture des frontières et de tri des seuls étrangers dits « utiles » à nos entreprises, alimentent grandement les réseaux mafieux. Si toutes ces personnes pouvaient emprunter des voies normales, elles n'auraient pas recours aux réseaux mafieux dont d'ailleurs, l'argent est blanchi dans les paradis fiscaux pour aterrir dans nos banques.
Plus profondément encore, nous affirmons que nous ne renoncerons jamais au principe d'hospitalité et d'accueil inconditionnel, car il est non seulement nos racines, mais également notre avenir.
Les groupes humains se sont en effet constitués en sociétés humaines par la pratique de l'hospitalité. La démarche d'accueil en constitue le premier pas, le commencement. L'accueil est la voie de l'humanisation de l'être humain. Nous nous humanisons en accueillant l'autre comme être humain, en accueillant son humanité. L'accueil est inconditionnel, car l'humanité est fraternité ; c'est pourquoi accueillir l'autre, est une façon d'éveiller ou de réveiller notre humanité.
Affirmer le principe de l'accueil inconditionnel, c'est donc affirmer que l'identité première de chaque être humain est l'humanité, indépendamment de toute autre considération d'origine, d'appartenance ou de situation administrative. En ce sens, l'accueil ne peut être la contrepartie d'un contrat en bonne et due forme[3], car l'accueil est premier. L'accueil n'exige pas d'abord des conditions, mais des dispositions, c'est-à-dire un état d'esprit et des moyens.
Affirmer le principe d'accueil inconditionnel, c'est revendiquer un accueil qui voit en l'autre un « égal en dignité et en droit »[4], et par là ayant vocation à avoir, ici, exactement les mêmes droits. Le premier de ces droit est le droit à la dignité, le droit à être considéré comme un semblable, et par là même, à ne pas être regardé comme un être indésirable, inutile, dangereux ou simplement n'ayant pas « vocation à vivre ici »[5].
Le droit à la dignité, c'est le droit, pour les personnes d'une autre nationalité ou tout simplement n'ayant pas l'air « d'ici », à ne pas être systématiquement contrôlés, éventuellement interpellés, arrêtés, enfermés, expulsés parce qu'il manque un tampon sur un papier administratif ; le droit de ne pas vivre constamment dans la peur d'être séparé de ceux que l'on aime, le droit à ne pas être surexploité parce que « sans papier » on est « sans droit »
Affirmer l'égalité en dignité et en droit, c'est affirmer que le respect de la dignité est le fondement du respect du Droit et par là-même des lois respectables. Affirmer le principe de l'accueil inconditionnel, c'est affirmer qu'une loi contrevenant au respect dû à chaque être humain ou mettant des conditions à l'accueil de quiconque ou interdisant la pratique de l'aide à l'accueil inconditionnel serait illégitime, même si elle est votée démocratiquement.
Rappelons-nous d'ailleurs que ce sont des personnes qui ont eu le courage de désobéir aux lois de leur époque qui sont à l'origine de tous les droits fondamentaux et même de la république. Ce n'est pas l'obéissance aveugle et inconditionnelle qui est le socle de la démocratie, mais la défense des droits fondamentaux et par là même la capacité à désobéir à toute loi ne respectant pas l'un de ces droits.
Georges Bernanos écrivait : « Il faut beaucoup d'indisciplinés pour faire un peuple libre » ; et bien je crois qu'aujourd'hui en France il y a déjà assez d'indisciplinés pour faire un peuple libre, libre d'accueillir sans discrimination toutes celles et tous ceux qui en ont besoin.
Nous affirmons qu'au regard du principe d'hospitalité et d'accueil inconditionnel, il n'y a pas d'étranger sur terre, il n'y a que des êtres humains.
Jean-Pierre Cavalié, délégué national de la Cimade en PACA
[1] Code sur l'Entrée et le Séjour des Etrangers et de la Demande d'Asile/
[2] France Terre d'Asile.
[3] Comme le Contrat d'Accueil et d'Intégration dont l'application et la signature sont aujourd'hui exigées pour qu'un étranger aît le droit de vivre en France et en famille.
[4] Article 1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948.
[5] Phrase répétitive de Nicolas Sarkozy, comme Ministre de l'Intérieur, puis Président de la R2publique.