blog de la Ligue des droits de l'Homme section Istes Ouest Provence dans le 13.
Ce que j’ai vu et entendu hier soir, 7 février 2008, sur France 2 lors de l’émission « Envoyé spécial » et de la séquence « Expulsions mode d’emploi »
J’ai vu et entendu une femme hurler son désespoir dans un avion
qui l’emmenait là où elle ne voulait pas aller.
Je l’ai entendu hurler « détachez moi, détachez moi !»
J’ai vu et entendu un policier dans une gare parisienne dire à la caméra
« ils vont travailler tôt et ça permet de faire des tirs groupés »
J’ai vu et entendu un autre policier affirmer
« c’est pas une rafle car en 1944 on ne leur disait pas bonjour
monsieur en les arrêtant »
J’ai vu et entendu une femme hurler son désespoir dans un avion
qui l’emmenait là où elle ne voulait pas aller. Je l’ai entendu
hurler « détachez moi, détachez moi !»
J’ai vu et entendu un policier crier à une femme
congolaise sans papiers, complètement
paniquée, entourée de 6 policiers malabars «attention,
pas de violences à notre égard »
… Une pauvre femme face à 6 policiers !
J’ai vu et entendu un jeune homme noir, raflé parce
qu’il était noir, « mais » avec des papiers en règle,
dire aux policiers son indignation d’avoir été raflé à la
couleur de sa peau. Noir, mais heureusement né sous une
bonne étoile, celle qui donne des papiers,
pas celle qui vous envoie là où vous ne voulez pas aller.
J’ai vu et entendu un commandant de police dire,
à propos des enfants détenus
dans ce centre de rétention ,dont il a la responsabilité
« un enfant n’a pas de statut,
il accompagne ses parents »
J’ai vu et entendu l’un de ces enfants, une petite fille
détenue dire à la caméra « je veux realler à l’école »
J’ai vu et entendu le représentant de la CIMADE lire à cette
petite fille une lettre de solidarité que ses copines
d’école venait de lui envoyer et qui venait d’arriver au courrier.
J’ai vu et entendu Saïd simulant le rôle de l’expulsé modèle,
collaborant jusqu’au pied de la passerelle
de l’avion puis subitement redevenir lui-même et refusant d’embarquer
…J’ai vu autour de lui 7 ou 8 policiers médusés n’osant pas
se jeter sur lui comme ça se passe souvent avec les expulsés rebelles
qu’on enfourne ligotés, saucissonnés à l’horizontale, à Roissy,
Marignane ou Lyon Satolas. Le reportagene dit rien sur la suite
de son voyage retour au CRA ou de sa mise en garde à vue.
J’ai vu et entendu une juge du tribunal administratif
porter enfin un regard humain sur les souffrances qui défilent à sa barre,
je l’ai vu tentant de résoudre un conflit de logiques
entre une loi qui viole des droits fondamentaux et des droits
fondamentaux violés par la loi .Y parvenant même pour
certains cas ce jour là.
J’ai vu et entendu un policier dire à un sans papier « votre père
a combattu pour la France, mais ce n’est pas assez pour avoir des papiers ».
J’ai vu un haut responsable du ministère dire « ce serait intenable
si on les relâchait parce qu’ils ont des enfants »
Par contre je n’ai pas vu ni entendu la parole de RESF,
de la Ligue des Droits de l’Homme, de l’UCIJ,
des Comités de sans papiers qui luttent contre cette
politique indigne, inhumaine.
Cela aurait été bien pourtant de voir et d’entendre
des femmes et des hommes qui, au nom de leur conscience,
remettent de la dignité et de la fraternité
dans une histoire qui ne l’est pas,
luttant pied à pied face à cette violence institutionnelle,
face à cette machine, face à ces rouages
bien ajustés et qui broient des être humains
: pas moi dit le policier de la PAF,
pas moi dit le gardien du CRA,pas moi dit le dénonciateur,
pas moi dit le fonctionnaire du guichet
de la préfecture, pas moi dit le commandant de bord ,
pas moi dit le Préfet… Pas moi, pas moi, pas moi… faudra bien
quand même un jour prochain établir
les responsabilités, toutes les responsabilités.
J C Aparicio LDH Istres Ouest Provence ( à titre personnel)