blog de la Ligue des droits de l'Homme section Istes Ouest Provence dans le 13.
Devant le Conseil des Prud'hommes de Martigues
Sollac assignée pour discriminations syndicales
La CFDT et la CGT du site métallurgiste de Fos dénoncent 14 cas de discriminations syndicales de leurs représentants du personnel. Les Prud'hommes de Martigues statuent aujourd'hui sur ce que Sollac qualifie d' « histoires anciennes ».
ALORS que le Conseil des Prud'hommes de Martigues examine aujourd'hui un cas de discrimination syndicale au sein de l'entreprise sidérurgique Sollac Méditerranée (Groupe Arcelor) de Fos, le syndicat CFDT de la métallurgie dénonce un florilège de discriminations dont sont victimes deux autres militants.
De son côté, la CGT, exerçant son droit de substitution présentera le 23 février prochain à la justice des dossiers touchant 11 de ses militants discriminés chez Sollac. « Depuis 28 ans que j'exerce divers mandats, ma carrière comme celle d'autres camarades, n 'a pas évolué. Etre militant CGT pendant longtemps c 'était faire abnégation de sa vie professionnelle, mais depuis 5 ans on veut faire arrêter ces discriminations et la jurisprudence nous est favorable. On ne réclame pas de privilège ou de faveur pour nos militants mais l'égalité », explique Gilbert Roux, délégué du personnel CGT, un des plaignants.
Au travers des cas de trois de ses militants, la CFDT Sollac-Fos dénonce plus précisément des blocages de carrière et de salaires, des incidences négatives sur le calcul des retraites, des empêchements pour passer cadre, la non-reconnaissance de certains de leurs diplômes et des compétences acquises dans l'exercice de leurs fonctions syndicales ou bien encore le manque de proposition en matière de formation professionnelle.
« II n'est pas normal que je sois resté sur la touche »
Ainsi de Bernard Huriaux, auteur de l'assignation du jour. Entré en 1972 comme technicien à l'entretien général, il n'a cessé depuis 1977 d'exercer des fonctions syndicales importantes, faisant de lui un des leaders du conflit historique de 1979.
La liste de ses mandats est longue : secrétaire du comité d'entreprise, secrétaire du syndicat CFDT de la métallurgie du Golfe de Fos, délégué syndical et secrétaire de la section syndicale CFDT de Sollac, secrétaire de coordination des 6 CHSCT du site, rédacteur en chef du journal du CE et de celui de la section CFDT. De quoi faire le contradicteur incontournable des positions de la direction sur les accidents de travail, les maladies professionnelles et a régulièrement saisi l'inspecteur du travail.
En préretraite depuis octobre 2004, il prend conscience, à 58 ans, que son déroulement de carrière a
plafonné : une progression de 95 points en 32 ans là où, en moyenne, elle est de 130 points pour les salaires de son service d'origine, et 170 points pour ceux qui sont diplômés comme lui. « // n 'est pas normal que je sois resté sur la touche. Je souhaite pour moi et pour les autres une négociation pour redresser cette situation qui affecte notre retraite », explique Bernard Huriaux. Il pointe par ailleurs les mutations pour raisons syndicales qui ont émaillé sa carrière, comme celle de 1974 où il se retrouve dans une baraque de chantier. En 1980, il doit subir des abattements de salaire une fois élu secrétaire du CE alors que son prédécesseur permanent était rémunéré à temps plein. Plus grave, il est resté pendant plusieurs années sans emploi, officialisé par son employeur à temps plein en heures de délégation, alors qu'il ne bénéficiait que de 5 heures de délégation par mois. Il a informé son employeur de son désaccord avec cette pratique et a réitéré sa demande pour un emploi à la hauteur de ses compétences.
En résumé : il n'a pas été traité comme les autres salariés. « Du coup, à quatre mois de mon départ en préretraite, on m'a réaffecté au poste que j'occupais 15 ans plus tôt et dont la cotation a été revue à la baisse ».
Le cas de Pierre Coûtant a une singularité : c'est une rétrogradation de coefficient avec perte de salaire qu'il a subi en quittant ses respon-
sabilités sociales et culturelles au Comité d'entreprise. A son départ à la retraite en 2003, il fait le bilan de sa carrière : 65 points en 31 ans contre 95 en moyenne pour ses collègues... L'expert désigné par la justice se heurte à la rétention d'informations de la direction.
Rétrogradation et purgatoire
Bernard Schlosser, ingénieur et délégué du personnel, a saisi les prud'hommes des mêmes faits de discrimination aggravés de harcèlement pour des répétitions d'actes visant à le pousser à la démission, comme cette mutation dans un service connu pour servir de « purgatoire » ou la quarantaine de convocations par an. Un bannissement directorial complet : du coup, peu de gens s'asseyaient à la table du paria au restaurant d'entreprise !
Pour ces trois cas, la position de la CFDT est la même : «Le rôle d'intérêt général des représentants du personnel, qui régule les relations du travail dans l'entreprise, ne peut compromettre le déroulement de carrière de ceux qui s'y engagent. »
Interrogée, la direction de Sollac Méditerranée n'a pas souhaité s'exprimer sur ces cas individuels. Pour son directeur, Marc Perin, « ce sont des histoires très ancienne^, qui remontent à une dizaine* d'années. Nous avons au-jourd 'hui des accords de gestion des partenaires sociaux. Si des personnes s'estiment lésées, c 'est leur droit d'agir en justice. »
David COQUILLE •